Romane Brisard : « L’inceste est le seul crime où l’on force les victimes à côtoyer leurs bourreaux »
Invitée du Monaco Press Club lors d’une soirée en partenariat avec Entreparents au Méridien, la journaliste d’investigation Romane Brisard a présenté les conclusions de cinq années d’enquête consacrées à l’inceste en France. A travers son ouvrage Inceste d’État, préfacé par Camille Kouchner, elle met en lumière les failles systémiques d’un dispositif judiciaire qu’elle juge inadapté à la protection des enfants.
A l’origine de son travail : l’émergence du mouvement #MeTooInceste. En explorant les réseaux sociaux, la journaliste identifie des témoignages de mères alertant sur des décisions judiciaires les contraignant à laisser leurs enfants en contact avec les pères qu’ils accusent.
Elle engage alors une investigation approfondie, fondée sur l’analyse de centaines de dossiers et la collecte de récits, notamment ceux de « mères en cavale » ayant fui pour protéger leurs enfants. Lors de cette conférence, elle est revenue sur son enquête qui révèle une réalité préoccupante : plus de 73% des affaires d’inceste sont classées sans suite, tandis que les procédures judiciaires s’étendent sur plusieurs années. Durant ce laps de temps, les enfants continuent, dans de nombreux cas, à côtoyer les personnes qu’ils accusent. Une situation que Romane Brisard qualifie sans détour : « L’inceste est le seul crime où l’on force les victimes à côtoyer leurs bourreaux ».
La journaliste pointe également un manque de formation des professionnels – magistrats, policiers, éducateurs – ainsi que des dispositifs insuffisants, à l’image des salles Mélanie, encore trop peu nombreuses pour recueillir la parole des mineurs. Les chiffres avancés par la CIIVISE sont alarmants : 160000 enfants seraient victimes chaque année en France.
Autre dérive dénoncée : l’usage persistant du « syndrome d’aliénation parentale », concept controversé élaboré par Richard Gardner et pourtant rejeté par les instances internationales. Ce mécanisme contribuerait, selon elle, à inverser la culpabilité, en plaçant les mères protectrices sous pression judiciaire.
A travers cette enquête, Romane Brisard entend non seulement documenter des dysfonctionnements institutionnels, mais aussi redonner une voix aux victimes. Une démarche à la fois journalistique et citoyenne, qu’elle affirme vouloir poursuivre au-delà de ce premier ouvrage et de son podcast « Mères en cavale », primé meilleur podcast 2025 du Grand Prix des Médias CB News avec plus de 350000 écoutes.
Couverture médiatique :
Monaco Info : https://youtu.be/4Kuypce6DG8
La Gazette de Monaco : https://montecarloin.net/2026/03/romane-brisard-parla-al-monaco-press-club-dellincesto/











